Cléo est née dans nos esprits il y a un moment maintenant. Louis-Thibault n'attendait que mon feu vert. J'avais peur de tout, comme d'habitude. Peur de ne pas réussir à m'occuper d'elle, peur de ne pas l'aimer dès que je croiserai son regard. Finalement, j'ai pris mon courage à deux mains, et on a décidé de tenter l'aventure. Même si l'annonce de sa venue a été une surprise pour certaines personnes, Cléo a vite été très attendue. Sauf peut-être par Papy Francky qui prenait un sacré coup de vieux par la même occasion...
Les premières échographies étaient magiques. Elle était là, un tout petit être qui grandissait dans mon ventre. Louis-Thibault l'aimait déjà avant même qu'elle ne ressemble vraiment à un bébé.
Mais rapidement, les problèmes ont commencé pour Cléo. La partie droite de son cœur était petite, trop petite. Les examens ont commencé. Le début d'une longue série d'échographies de son petit cœur. Cléo était une vraie star, alors même qu'elle n'était pas encore née. Il y avait des réunions de cardiopédiatres pour parler de son petit cœur et de ce qu'il faudrait faire pour le réparer. Malgré tout ça, elle grandissait bien, elle grossissait bien. Comme disait les médecins : "à part ça, tout va bien". On a appris ensuite avec l'amniocentèse qu'elle avait également un syndrome de Turner. Décidément, Cléo n'en finissait déjà pas de nous étonner.
Et puis bientôt Cléo allait naître, et nous étions prêts. Enfin pas vraiment concernant sa chambre qui demandait encore un peu de travail...Mais pour tout ce qui concernait son petit cœur, nous étions calés. Elle irait d'abord en réanimation, le temps de voir comment son corps s'habituerait à l'extérieur et si elle avait besoin de médicaments. Elle aurait peut-être une première opération, puis elle aurait le droit de sortir et de venir à la maison quelque mois. Cléo reviendrait se faire opérer vers ses 9 mois, puis vers ses 3-4 ans. Après ça, elle pourrait vivre comme tout le monde, ou presque.
Sa vie hors de mon ventre a pourtant bien commencé. Elle est née facilement, un peu en avance. Cléo a d'ailleurs failli avoir le même anniversaire que son arrière-grand-père...On espérait qu'elle n'hérite pas aussi de son caractère. Elle a fait un petit gazouillis à sa naissance, comme pour nous rassurer avant que les médecins ne s'occupent rapidement d'elle.
Ensuite, la vie en réanimation a commencé. Les alarmes, les câbles, les seringues, les capteurs partout sur son petit corps. Au début, Cléo respirait toute seule, comme une grande. On la prenait dans nos bras longtemps, très longtemps. Louis-Thibault devenait papa, je devenais maman. Cléo nous impressionnait, elle se battait constamment. Mais jour après jour, elle se fatiguait et les infirmières le sentaient. Il a été décidé de l’intuber pour que son corps reprenne un peu de force. Les infirmières faisaient tout pour qu'elle ne souffre pas.
Il y avait des jours avec et des jours sans. Des jours presque paisibles où il y avait la routine des soins, les petits massages, la visite des cardiopédiatres pour leur échographie journalière. Cléo s'étirait un peu pendant les massages, on n'arrivait pas trop à savoir si elle les appréciait ou si elle cherchait à s'échapper. Elle faisait aussi toujours la bonne élève quand les cardiopédiatres arrivaient et s’appliquait pour augmenter sa saturation en oxygène pour se faire bien voir auprès d'eux.
Malheureusement, il y avait aussi des jours sans. Ceux où le cœur et les poumons de Cléo avaient du mal à travailler efficacement. Elle nous faisait des petites frayeurs en faisant sonner toutes ses alarmes, tout en gardant son air paisible. Les médecins passaient leur temps à modifier les réglages de leurs appareils pour trouver ce qui lui conviendrait le mieux.
Jour après jour, Cléo continuait à se battre, mais on sentait que ça devenait difficile pour elle. Mardi 8 septembre, pour ses 8 jours, le chirurgien venait nous expliquer le déroulé de l'opération qui devait avoir lieu jeudi. Mercredi 9 septembre, les poumons de Cléo montraient des signes de faiblesse. Les médecins avaient du mal à la stabiliser, et commençaient à s’inquiéter sérieusement. L'opération était annulée, car jugée trop risquée compte tenu de l'état de Cléo. Et jeudi, ce jeudi maudit, on nous annonçait qu'il allait falloir arrêter les soins. Il n'y avait plus d'issue pour Cléo. Ironiquement, son cœur n'allait pas si mal, il tenait le coup. C’étaient ses poumons qui ne fonctionnaient plus bien. Ses poumons dont on n'avait jamais parlé une seule fois lors de la grossesse. Ses poumons pour lesquels on ne pouvait rien faire. Ni opérations, ni médicaments possibles.
Cléo allait devoir partir. Elle allait pouvoir enfin se reposer. On a appelé nos familles pour qu’ils viennent lui dire au revoir, et notre championne les a attendus. Vendredi 11 septembre, après des derniers bisous de nos deux familles, Cléo a été extubée dans les bras de son papa. Elle n'est pas partie tout de suite, on s'est dit qu'elle profitait une dernière fois de son papa et de sa maman. Mais peut-être qu'elle attendait juste de passer 14h27, pour qu'on puisse dire à tout le monde qu'elle avait 11 jours, et pas seulement 10. C'est beaucoup un jour en plus, quand on n'en a vécu que 11.
Cléo nous a quitté le 11 septembre 2026 à 14h29. Pendant sa courte vie, elle a tout donné, nous avons tout donné pour la sauver. Les médecins et les infirmières, ses taties, ont travaillé jour et nuit pour lui permettre de vivre.
Nous avons rencontré tant de belles personnes en 11 jours. Nous avons ressenti tellement d'amour, d'angoisse, de joie et de tristesse. Cléo nous a montré qu’on était capable d'être parents et d'aimer si fort un petit être qu'on vient à peine de rencontrer.
Elle sera à jamais notre fille, notre premier bébé. La première petite-fille et arrière-petite-fille de nos deux familles, la première nièce de nos frères et sœurs.
Nous aurions tellement aimé la voir grandir aux côtés des gens qu'on aime et qui nous aiment. Au lieu de ça, elle sera notre petit ange, notre étoile qui nous guidera à chaque instant de nos vies.
Grâce à toi Cléo, quand nous manquerons de courage, nous penserons à toi et nous n'aurons plus peur.
Cléo, nous t'aimons plus que tout au monde, et ton souvenir ne quittera jamais nos cœurs.